au grand ciel, et même y déguster cafés et thés bios et parfumés devant cet espace de lumière qu'est devenue la piscine où les invités des Noailles venaient répondre à l'invitation de venir faire leurs exercices physiques ...
Une architecture faite pour l’habitant et non pour composer l’espace urbain
Une conception de l’architecture dans laquelle s’inscrivent pleinement les deux architectes invités : une architecture faite avant tout pour être vécue, conçue pour son futur habitant,
« Le logement est la chose la plus importante pour la dignité et la qualité de vie de chacun. » souligne J.P.Vassal : ainsi l’architecte est-il à l’écoute des désirs et des besoins du futur habitant, prenant en compte son rapport à la nature ou à l’extérieur, considérant les espaces, la lumière, et les ouvertures comme primordiaux...
Vision totalement opposé à l’urbanisme moderne qui produit un aménagement urbain composé selon l’extérieur : « L’urbanisme développé dans les années 70 était lié aux grands projets d’infrastructures et a négligé l’échelle de l’individu, et, au final, ne l’a pas pris en compte. » selon Anne Lacaton.
À ce manque de générosité, les architectes proposent là une vision qui part de l’intérieur, de la cellule familiale, recadrant la perspective de l’architecture vers sa vocation première : « l’habiter, le vivre ».
Ainsi les notions d’espace, de lumière, du rapport intérieur-extérieur, incluant un respect du site naturel qui héberge l’habitation, et remettant en jeu la question de l’habitat jouant une partition harmonique avec la nature (trouvant encore une application vivante ici à la villa de Noailles, espace ouvert à l’extérieur).
« L'architecture est avant tout destinée à être vécue, utilisée, remplie d'actions et d'événements dont la qualité, la nature et la fréquence définissent le statut et la caractéristique. »
Une architecture faite pour être vécue
Dans cette optique, sont projetées des séquences en mouvement, diaporamas, qui témoignent de la vie à l’intérieur des lieux et de l’appropriation par les habitants de leur espace. Loin des images d’édifices vides, ils permettent de saisir les intentions et les volontés des architectes.
Si l’architecture ne peut s’exposer, mais seulement se visiter, ces images – plus d’une centaine – rassemblées ici offrent une lecture à la fois dense et intime.
Il témoigne aussi de l’échange post-construction que ce binôme d’architectes tisse avec humanité comme autant de possibilités de nourrir la conception qu’ils ont de leur «mission».
C’est du reste avec émotion qu’ils évoquent ces rencontres avec «leurs habitants» , curieux qu’ils sont de découvrir de quelle façon ceux-ci se sont appropriés les espaces et comment leur esprit a évolué dans l’idée qu’ils se faisaient de leur logement. Une façon très humaine de s’assurer que leurs objectifs font mouche, qui évidemment leur permet conjointement de nourrir leurs travaux futurs d’une écoute réelle.
Une architecture à dimension humaine
La dimension humaine de l’architecture prend tout son sens ici, et la piscine, le gymnase, la salle de squash, et la galerie d’exposition de Noailles ouvrent leurs murs blancs à des grands écrans témoins de cette humanité qui semble parfois bien loin des préoccupations architecturales et urbanistes (comme elles sont ou comme on les perçoit).
Quant au petit salon en bas, il donne l'occasion de voir une vidéo-entretien de Florence Sarano avec les deux architectes, qui parlent de leurs conceptions, leurs idéaux qu'ils s'appliquent à faire passer dans une approche pragmatique de l'architecture. Ponctués d'exemples piochés dans leurs travaux effectués ou leurs projets en cours, et d'images des lieux, leur vision humaniste prend toute sa dimension dans ce documentaire que l'on gagne à voir en début comme en fin de parcours.
Pourvue également en explications de choix techniques, révélant de quelle façon ils conçoivent l'espace, la lumière, le matériau, le luxe, et permettant vraiment de pénétrer cet esprit de créativité au service d'idéaux moteurs et forts.
« Il faut être ardu: regarder les choses, analyser, s'imprégner de la réalité, observer d'abord... »
J.P Vassal confie volontiers que ce qui l'intéresse le plus est de trouver la solution.
Confronter le réel (situation géographique, structure déjà existante, qualité du site) avec ses conceptions centrées sur l'habitant (son espace, la lumière et la chaleur dont il a besoin, son rapport à la nature...), les conditions économiques et diverses autres contingences n'est pas vécu comme un frein, un élément négatif, mais au contraire comme une stimulation.
« Chaque fois que c'est compliqué quelque part, c'est une qualité qui peut en être déduite » se plait-il à dire en ajoutant même avec une certaine jubilation que « plus c'est compliqué plus il est intéressé »...
De même que le rapport intérieur/extérieur est inversé, on retrouve dans toute cette démarche un renversement, dû à l'Optimisme souverain ici, et rendu possible par une ouverture d'esprit peu commune et très communicative chez ces deux là (la conférence était très révélatrice à ce sujet, et permet une réelle approche du sujet).
Ouverture d'esprit, humanité, inventivité et optimisme résolus sont ici les instruments d'une architecture qui n'a plus rien de désincarné comme elle sait si bien l'être parfois.
La notion de luxe
Un point capital dans le titre de l'exposition (sa compréhension) et la démarche de ce tandem constructeur que forme Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal.
La conférence débutait du reste par cette indispensable précision afin que la perception du terme soit au plus juste de celle de leurs utilisateurs.
Après tout venir parler de "luxe" dans cet endroit si connoté qu'est la villa de Noailles (propriété d'aristocrates, et dont la fréquentation était tout de même assurée par une élite intellectuelle et artistique du début du siècle) n'est rendu possible que parce que le travail de ces deux-là questionne l'essence même de ce terme.
Le luxe est ici débarrassé de ses oripeaux de symbole d'un certain statut social.
En introduction à ce sujet , lors de la conférence, Jean-Philippe Vassal a raconté comment une rencontre africaine lui a fait prendre conscience du véritable sens du mot "luxe". Dans cet endroit très pauvre "où il a eu des prises de consciences majeures en observant l'ingéniosité, l'imagination et l'art du minimum de la matière ...par nécessité de gérer le peu mais sans perdre de vue l'intention de produire du beau", un africain parlant parfaitement le français le lui a résumé sans un mot.
Cet ancien étudiant-vétérinaire à Paris était revenu vivre, dans cet endroit dénué de tout confort pour y retrouver le suprême luxe qui se résumait en un geste embrassant l'espace autour et au dessus de lui...
Il s'agit donc là bien d'un luxe nécessaire, de ce qui permet que la vie soit agréable, un luxe non dépendant des moyens financiers mais appliqué à toute situation, pour lequel des solutions créatives sont mises en oeuvre.
Un luxe dont on se donne les moyens, et pour lequel l'architecte se donne les moyens, bousculant idées reçues et autres principes architecturaux tout en respectant conditions et environnement.
Le luxe ici, c'est la lumière, l'espace, la qualité de vie....
La Visite
De quelles façons Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal mettent-ils en application toutes leurs idées, les méthodes employées au cas par cas, chaque situation nécessitant une solution adaptée, c'est cela que permet notamment cette exposition.
Découvrir comment cette notion de l'adaptabilité de l'architecte se décline: en considérant les éléments de base, les contingences diverses, voir de quelle façons ils mettent leur créativité au service de l'élaborations de solutions adaptées mais inventives, sans jamais se détourner de cet objectif primordial: construire un endroit à dimension humaine, un lieu de vie.
Suivre aussi comment dans le cadre de réhabilitations d' ensembles urbains faisant habituellement l'objet de destructions coûteuses et de solutions douteuses, et tout en mettant à l'honneur leur envie de faire exploser les surfaces affectées traditionnellement aux logements, le duo redéfinit une nouvelle façon de procéder. Dans le cadre de recherche d'alternatives à l'annonce de politique de destruction massive, et avec les mêmes conditions économiques, voire moindres, une nouvelle organisation de l'espace est mise au point, en se servant des structures existantes et en les transformant pour améliorer la qualité de vie et suivre cette passionnante aventure dans ses détails de conception et ses perspectives de réalisations...
Observer ce rapport intérieur/extérieur inversé, redéfini, développé, et comment les projets mettent en oeuvre le jeu des éléments pour créer des distances.
Découvrir aussi dans leurs différentes réalisations de quelle façons innovantes le matériau est utilisé pour définir un espace intérieur ouvert, mouvant, vivant, et efficace, s'inspirant dans l'observation de systèmes constructifs alternatifs. La réappropriation du principe des serres apportant une possibilité de dilatation de l'espace enrichie d'une esthétique de la transparence ou certains éléments d'architecture africaines procédant d'assemblages minimum d'éléments locaux par exemple.
S'inspirant du pragmatisme du monde de l'horticulture, dont les systèmes sont efficaces et économiques, et cela dans des climats radicalement différents, naît une maison à géométrie variable, adaptable aux différentes situations saisonnières...
Un vrai travail sur les systèmes constructifs et l'enveloppe environnementale...Mais avant tout un travail sur l'air et la lumière: «ce sont eux les vrais matériaux affirment-ils», et c est bien pour cela que le résultat est là!
« Quand c'est trop grand ou trop transparent, cela est arrangeable. Dans le cas contraire ça ne l'est pas... » : cette phrase résume leur démarche de travail dans l'idée du volume, de la lumière, de l'air, permettant une liberté d'aménagement possible des espaces.....à venir découvrir dans un espace d'exception et en symbiose avec ce lieu.
La découverte de ces espaces de liberté créatrice, de liberté d'habiter, et d'une architecture réconciliée avec sa vocation prime , dans cet espace de la Villa de Noailles lui-même vécu en liberté est un moment de jubilation et de calme à la fois...
Liste des projets :
Les relations entre les villas et les logements collectifs sont présentées dans un parcours articulant images fixes et images en mouvements.
Habitat individuel /
maison en CORSE, maison à COUTRAS, maison au CAP FERRET, maison en BRETAGNE, maison en DORDOGNE, maison LATAPIE.
Habitat collectifs /
logements à SAINT-NAZAIRE, logements collectifs à POITIERS, logements sociaux à MULHOUSE, complexe hôtelier à LUGANO (Suisse).
En complément à la lecture de la démarche des architectes sur le logement, sont dévoilés les projets qui font leur actualité : chantier en cours et concours, ici livrées comme des documents bruts.
Cave et chais, EMBRES ET CASTELMAURE
Ecole d’architecture, NANTES
Pole Universitaire des Sciences de Gestion, BORDEAUX
Architecture foundation, LONDRES
Site de la villa de Noailles où l'on retrouve des infos sur l'expo : www.villanoailles-hyeres.com |