• Sandel, quel est votre parcours ?
Je suis né à la Capte, j'y ai habité jusqu'à l'âge de 10 ans et je suis parti sur Avignon. Mon premier métier fut apprenti marbrier tout en suivant des cours du soir de dessin aux Beaux Arts. Après avoir remporté le premier prix de dessin j'ai pu y entrer comme étudiant à "plein temps". Après les évènements de mai 68 j'ai travaillé quelques années comme sculpteur pour les monuments historiques, pour ensuite m'inscrire à la maison des artistes. Depuis je sculpte, je peins et je dessine. En ce qui concerne la sculpture, il y la sculpture de création dans toute sorte de matériaux, neige, bois glace, pierre etc… aussi bien dans mon atelier que dans des manifestations nationales et internationales. Je continue toujours à travailler dans le cadre des monuments historiques, pour lesquels je sculpte des gargouilles par exemple et toutes sortes de statues. Dans la peinture, il y a mes créations personnelles comme des peintures de commandes, je réalise des trompes l'œil de façade ou d'intérieur. Pour le dessin, ce sont surtout les entreprises qui sont demandeuses, sinon mes dessins personnels sont voués à passer à la peinture. Je suis souvent inspiré par les nus féminins et en ce moment je peins et je sculpte des fées, des femmes aux corps très filiforme avec des ailes en cuivre.
• Sandel, où puisez-vous cette richesse de matériaux et de techniques ?
Je fréquente continuellement les symposiums, les festivals au niveau international, là on y rencontre beaucoup de sculpteurs d'autres cultures comme des Inuits, des Chinois, des Africains avec lesquels il est toujours passionnant d'échanger sur les techniques, les outils et même les mentalités... On ne roule pas sur l'or mais la vraie richesse est là.
• Sandel d'où vous vient cette passion ?
Déjà à l'école je sculptais des têtes dans les craies et le dessin m'est venu très tôt. Je ne pense pas que ce soit exceptionnel, je crois que l'être humain naît artiste et que petit à petit il se "désartiste". C'est-à-dire que la vie fait en sorte qu'on le met sur des rails on lui dit tu dois travailler, tu avoir tel comportement etc… J'ai la chance d'avoir une maman qui peignait et elle a su me laisser développer ce sens artistique, cette poésie. C'est dans ce sens que je me sens privilégié pas dans le sens monétaire mais dans la vision que j'ai de la vie. Il y a peut être moins d'ennui que pour quelqu'un à qui on a enlevé cette sensibilité dés le départ. D'ailleurs il suffit de remarquer que lorsque les petits sont à la maternelle où ils dessinent, où on développe leur imagination, d'un seul coup on les plonge dans l'école où on doit apprendre à lire, écrire, compter. Il me semble y avoir une coupure trop forte entre l'imagination, l'art, la poésie pour en faire des petits singes savants. Et au final on se retrouve avec des gens super diplômés avec des bac+7 qui pointent au chômage parce qu'ils n'ont plus d'imagination pour s'en sortir.
• Dites nous alors qu'est ce que l'imagination pour vous ?
L'imagination c'est la capacité de mettre ses diplômes de cotés pour avoir le feu dans ses tripes, pour avoir des envies, pour avoir des rêves, pour avoir des objectifs avec beaucoup d'enthousiasme dans le cœur. Je dirai l'imagination du cœur.
• Sandel, quel est votre actu ?
Je dois faire un petit monument pour la ligue de la violence routière.
Je pourrais travailler beaucoup plus mais je travaille pour vivre et non pas l'inverse. Pour moi le travail doit garder une teinte d'enthousiasme sinon je m'ennui. Je ne veux pas finir comme beaucoup qui vivent pour travailler qui ont justement oublié de vivre et qui peu de temps après avoir prit leur retraite meurent parce qu'ils s'ennuient.
J'ai géré ma retraite depuis que je suis né, au lieu de la prendre à la fin, je la prends tout au long de ma vie et je sculpterai et je pétrirai tant que j'aurai de la force de lever le bras.
• Quels sont les grands sculpteurs qui vous ont influencé ?
Il y a tout d'abords les sculpteurs qui sont au musée du Louvre ou au musée d'Orsay, Camille Claudel, Rodin, Carrier-Belleuse, Brancusi, Pompon, nous avons des affinités avec ces sculpteurs, mais il y a surtout la rencontre avec des sculpteurs contemporains, inconnus ici et très connus dans leurs pays, il est important pour moi de voir ce qu'ils font, de capter leur appréhension du volume. C'est une nourriture.
• Et la caricature comment c'est arrivé ?
La caricature est essentielle pour moi. A l'école on me disait qu'il fallait saisir l'essentiel. Je fais pareil avec les personnes. Pour moi c'est moyen de dédramatiser les choses, d'éviter de se prendre au sérieux. Souvent on me demande quels défauts je fait ressortir, là je reprends car je ne fonctionne pas en fonction des défauts mais en fonction des expressions. Cela est très fugace, mais c'est souvent quelque chose qui est profondément ancré dans la personne. C'est pour cette raison que lorsque je caricature je cherche à animer le personnage.